Romans-sur-Isère ne fait pas dans la demi-mesure : plusieurs de ses quartiers figurent noir sur blanc sur la liste des secteurs « politique de la ville », telle que dressée par le ministère de la Cohésion des territoires. Les chiffres de la délinquance s’en chargent : ici, la courbe dépasse la moyenne du département, surtout à la nuit tombée ou lors de week-ends sous tension. Les patrouilles s’intensifient, mais les signalements pour violences et incivilités ne baissent pas la garde. Pour bien des familles, ce climat pèse lourd, malgré les efforts affichés.
Quartiers sensibles à Romans-sur-Isère : état des lieux et perceptions locales
La Monnaie, impossible de ne pas en parler. Le quartier concentre tensions et inquiétudes. Trafic affiché, rodéos trop fréquents, affrontements, cambriolages et incivilités s’accumulent : des situations qui finissent par façonner les habitudes. La note sécurité s’est effondrée à 0 sur 5, reflet d’un sentiment d’abandon. Depuis 2026, les interventions de police ont bondi de 35 %. Rondes et caméras rassurent difficilement. Les familles décrivent une atmosphère pesante, la vigilance fait partie du quotidien.
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Le centre-ville et la gare sont aussi exposés. Vols à l’arraché, vitrines dégradées, incidents : le climat a changé. Le centre peine à dépasser un 1,8 sur 5 en sécurité. Les plaintes explosent : +18 % en deux ans à peine. Autour de la gare, les signalements se multiplient à leur tour, jusqu’à une hausse de 12 %.
D’autres secteurs affichent un tout autre décor. À Chatiou-Duchesne, la tranquillité séduit et attire ceux qui aspirent à une vie calme. Mais dès qu’on s’éloigne, des poches en bordure subissent leur isolement, manquent de services, se sentent mis à l’écart.
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La mairie, sous l’impulsion de Marie-Hélène Thoraval, affiche sa détermination à inverser la tendance. Les chiffres officiels annoncent une baisse de 11 % de la délinquance générale, mais l’augmentation de 22 % des infractions liées aux stupéfiants nuance largement le tableau. Les habitants, eux, oscillent entre fatigue, attente d’un changement concret, et nécessité d’ajuster chaque jour leurs réflexes de précaution.

Comment les familles composent avec l’insécurité au quotidien
Dans la Monnaie, les habitudes s’adaptent à la situation. Les parents fixent de nouvelles règles. Sorties raccourcies, trajets en petits groupes, attention permanente : voilà la norme. Les enfants qui traînent seuls dehors se font rares, même quand tout paraît tranquille. On évite certains halls, réputés trop agités ou propices aux rencontres indésirables.
Depuis la bagarre mortelle de Crépol et la disparition de Zakaria, la suspicion s’est installée. Pour beaucoup, les chiffres officiels ne suffisent plus. Les faits divers s’accumulent, la présence policière ou les caméras ne renversent pas la tendance. Les rapports entre jeunes du quartier et résidents sont faits d’entraide discrète et de silences pesants.
Voici les principales habitudes qui s’installent dans la vie de tous les jours :
- Se déplacer à plusieurs pour limiter les risques
- Limiter ou éviter les sorties après la tombée de la nuit, même au cœur de l’été
- Contourner certains parcours ou squares jugés trop risqués
La prise de parole reste mesurée. Beaucoup préfèrent éviter les discussions, que ce soit par lassitude ou par peur de représailles. Pourtant, certains cherchent à maintenir un semblant de vie de quartier : fêtes d’école, appui entre habitants, projets associatifs collectifs. Le passage de la police rassure, mais peut tendre la coexistence avec une jeunesse désœuvrée. Pour Marie-Hélène Thoraval, la ligne n’est jamais simple à trouver : conjuguer sentiment de sécurité et préservation d’un minimum de confiance, pour ne pas fracturer davantage le tissu local.
Entre prudence constante et volonté de préserver leur quotidien, les familles de Romans avancent, parfois sur la corde raide. La ville tâtonne encore, cherche la formule qui ramènera la respiration collective, sans transformer ce qui lui reste d’authenticité.

